La contrôlite aigüe et son remède
- patriciachirot
- 2 déc. 2025
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Tableaux Excel, statistiques, probabilités, cases à cocher : un arsenal d’armes à contrôler pour sécuriser le travail et prédire les tendances envahit l’espace de travail et s’ajoute aux tâches de la fonction. Les enseignants et formateurs n’y échappent pas, les évaluations de leurs élèves ne représentent plus qu’une partie des évaluations à réaliser : la méthode employée, le temps passé à expliquer une notion en fonction des difficultés des élèves, les ouvrages consultés et photocopiés … autant d’activités chronophages qui, parfois, se substituent aux échanges avec autrui.
Il faut être certain et réduire l’incertitude à zéro. Il faut placer chacun dans une case : acceptable, inacceptable ; conforme, non conforme. Le sentiment d’appartenance est menacé face à des résultats qui constituent la preuve ultime du mérite ou du démérite. Chacun devient une pièce jetable et remplaçable en fonction des résultats obtenus. La communication est réduite à un entretien final. Il est inutile de rencontrer l’autre afin d’entendre ce qu’il pourrait avoir à partager : il suffit d’interpréter les résultats ou les algorithmes pour lui signifier une décision.
Un glissement s’opère dans la considération de l’autre : il se pensait acteur, il était aussi sujet ; désormais, il est chosifié, une croix dans une case, un point sur la courbe d’une tendance. Il devient substituable d’après des critères qui parfois lui échappent ou qu’il ignore. Une partie de l’activité lui devient invisible et la qualité de son travail ne peut que s’en ressentir. Il devient ainsi une variable d’ajustement dans un système opaque. La précarisation explose, les motivations s’évanouissent, la standardisation règne, y compris en sciences humaines. Tout est fait pour ne jamais rencontrer l’autre, mais uniquement ses semblables qu’une croyance erronée pense identiques.
Le psychologue du travail Jacques Leplat a décrit les trois étapes de l’activité : orientation, exécution, contrôle. Un contrôle qui est vérification de l’action accomplie afin d’opérer un ajustement si nécessaire. Cet ajustement est porté par celui qui fait l’action et il peut être explicité. Il ouvre un espace de communication et de partage. Jacques Leplat mettait en avant « l’adaptation du travail à l’homme ». Pour lui, la réalité dépasse toujours le modèle.
La « contrôlite aigüe » est fondée sur la peur de ce qui paraît être un échec mais surtout, sur la peur de l’autre. Elle présente un univers dystopique, réductionniste et caricatural.
L’adaptation du travail à l’autre restaure l’échange et le partage, au sein d’une société qui en a aujourd’hui un besoin vital. Que léguons-nous à ces enfants, à ces jeunes, si la communication et l’échange manquent dans la vie des adultes en qui ils puisent un exemple ?



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