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Le langage subtil du harcèlement – pour aider les victimes à le comprendre


Avancer masqué et créer le malaise, une peur diffuse : c'est la stratégie du harceleur.


Celui-ci utilise une arme qu'il a peaufinée depuis des années : le langage. Une langue bifide, dont les mots sont soigneusement pesés, dont la présentation écrite est réduite à la plus simple expression pour l'entourer d'un silence empli de questions.


Les écrits sont courts car il ne faut pas laisser trop de traces. Les mots sont compressés car il ne faut pas en dire trop. Les formules de courtoisie sont soit absentes, soit exagérées. Souvent l'humour est utilisé, un humour destiné à tourner l'autre en ridicule. Le double sens est devenu une pratique éprouvée, afin que l'autre ne puisse pas invoquer une victimisation, mais aussi, afin de se protéger.


Car le harceleur est une personne en souffrance qui a besoin de blesser et d’anéantir pour se sentir exister. Il lui faut toucher la victime dans le coeur et dans les affects. Les discours à destination d'un auditoire (témoins ou victime) sont empreints de belles valeurs, d'appel au dépassement de soi, comme un parent bienveillant s'exprimerait pour éduquer un enfant. Les idées s'enchaînent, se voulant une démonstration, mais une étude des actes de langage révèle des éléments de communication orientée mêlés à des informations fragmentaires. Le but est d'influencer un auditoire témoin et d'accroître le malaise, le sentiment de culpabilité de la victime qui se sentira encore plus infériorisée. 


L'inversion des valeurs est présente : « faites ce que je dis, interrogez-vous sur mes mots, tandis que je fais le contraire de ce que je vous ai présenté et vous n'y verrez rien, du moins, vous ne pourrez pas le prouver ; la confusion sera si grande que vous en viendrez à douter de vous-même ».


Cette inversion de valeurs peut s’associer à une inversion de rôles et à une inversion accusatoire, car le harceleur se fera passer pour une victime harcelée (par sa victime). 


Enfin, il y a détournement de faits pour les subjectiver. Un mot, un nombre, voire un cadre légal ou officiel seront transformés, discutés en recourant à un raisonnement biaisé.


La victime aura donc des difficultés à rétablir les faits puisque la stratégie les détourne pour provoquer des émotions et empêcher le raisonnement. Cela explique pourquoi beaucoup de victimes ne se rendent pas compte qu’elles font l’objet d’un harcèlement.


Bien que le sujet soit douloureux, il est essentiel de porter ce processus à la connaissance du plus grand nombre. 


Comprendre, c’est se donner les moyens d’agir.

 
 
 

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