Travailler à la fois au Moyen-Age et au 21e siècle : une aventure multi-temporelle !

Ils construisent un château fort là où autrefois, il n’y en avait pas. C’est Guédelon, l’année est 1257. Le costume est celui des « oeuvriers » : une biaude ceinturée d’une corde et un pantalon de toile, le tout aux couleurs discrètes. Le bleu n’existe pas. Les chaussures sont les chaussures de sécurité actuelles. Le chantier est ouvert dès que les jours rallongent et se clôt aux premières gelées.
Trois matières, présentes sur le site, sont utilisées : le bois, l’argile, la pierre. Les oeuvriers bénévoles circulent de chantier en chantier au gré des besoins : un jour à tailler des pierres, le suivant à faire des tuiles d’argile ou de bois. La formation ? auprès des professionnels présents, tout le monde est d’emblée à pied d’oeuvre.
Les outils sont fabriqués sur place, il faut apprendre à les manier. Le geste juste est à trouver mais avant tout, il faut se familiariser avec la matière car c’est elle qui enseigne. Le corps apprend à se mouvoir, tout le corps. La météo dicte le rapport à la matière. Le temps disparaît dans une concentration à la fois intense et relâchée. Les autres sont là, le travail s’accomplit en équipe mais le rendement est absent. La routine n’existe pas, le temps s’écoule de manière non linéaire.
La pratique vient avant la théorie. Celle-ci s’appuie sur des mesures prise à partir du corps : un pied, un pouce … La nature est le livre d’études.
Mais il ne faut surtout pas idéaliser : cette expérience demeure hybride, le fantasme n’est jamais loin.
Il s’agit d’une mise à l’épreuve de soi : serai-je capable de supporter un tel labeur ? Saurai-je trouver enfin le geste juste ? Pourrai-je mettre mes « savoirs » à distance pour, comme l’écrit Clot, « me cogner au réel ? » Mais saurai-je faire la part du réel perçu de manière nécessairement fragmentaire, du réel qui s’impose à moi et du réel fantasmé ?



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