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Succès ou accomplissement ?


Nous vivons dans un monde où nous sommes constamment appelés à évaluer, voter, mettre des pouces. Un simple geste et voilà que nous déterminons notre positionnement. De la même manière, les enseignants et les employeurs nous évaluent. Notre personne est l’objet de mesures visant à établir notre profil d’apprenant ou d’employé. Il en va également de notre popularité.


Qu’est-il mesuré, en fin de compte ? Notre capacité à accéder à une autre position, à une vie meilleure ou plus large, à d’autres responsabilités ? Notre engagement ? Nos traits de caractère ? Notre appartenance à un milieu ? Notre légitimité par rapport à ce milieu ?


« Black Mirror », en son temps, avait déjà pointé cette frénésie à évaluer, en présentant une vision dystopique d’un monde si perdu dans ses relations humaines qu’il était devenu commun de noter tout un chacun sur des critères obscurs ou pire, inexistants.


S’agit-il de mesurer, de déterminer un succès ou bien un accomplissement personnel ? Quels sont les objectifs de l’un et de l’autre ?


Le succès possède sa part d’ombre car s’il y a un vainqueur, il y a un vaincu. S’il y a adhésion, il y a opposition. S’il y a adoption, il y a rejet. S’il y a décision par les uns, il y a compétition entre soi et les autres. Il s’agit d’un point de vue, pensé ou arbitraire, avec toutes les gradations qui relient les pôles extrêmes.


L’accomplissement est d’une autre nature. Il y a bien une finalité à atteindre mais elle concerne un état antérieur comparé à un état actuel. L’accomplissement met en relief un cheminement avec ses détours, ses imprévus, ses revirements. Plutôt qu’une opposition brute, il s’agit d’une intégration qui touche à une transformation personnelle. Pour nous référer au philosophe Paul Ricoeur, l’accomplissement montre comment deux formes d’identité, que nous portons tous, se rencontrent : l’ipséité, ou cette partie de nous-mêmes soumise aux changements comme des vagues de surface, et la mêmeté, cette partie de nous-mêmes qui demeure, quoi qu’il arrive en surface, comme un courant de fond. L’accomplissement quitterait alors le point de vue plus ou moins argumenté, plus ou moins pertinent, pour rejoindre une vision plus profonde de notre être.


Et c’est ce courant de fond qui unit les êtres dans une relation de sens, au-delà des divisions et aléas de surface.

 
 
 

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