Quand le métier nous habite …

En début de carrière, le jeune s’applique consciencieusement à reproduire ce qu’il a appris en utilisant les mêmes méthodes. Puis il remarquera que certaines ne lui conviennent pas et il va les modifier. Il adapte son métier à son environnement de travail et surtout, à lui-même.
Peu à peu, il élabore ses propres outils, ses propres méthodes, au risque de se voir reprocher une prise de risque, son affranchissement des limites imposées et sa prise d’initiatives pas toujours appréciées.
C’est qu’un processus est à l’œuvre : le débutant d’autrefois se glisse dans le métier alors même qu’il semble s’en éloigner.
S’il persévère, il surprendra par la fluidité de ses gestes dans un travail manuel, son aisance, sa finesse d’analyse et l’observation pertinente de situations qu’il devient parfois capable d’anticiper avec précision.
Un jour enfin, il réalisera que, paradoxalement, son rapport au métier se bouleversé. S’il est devenu, aux yeux d’autrui, « l’expert », « l’ancien », l’incarnation du métier et de ses principes, il a transformé le métier.
Le métier est là, présent, incarné. Mais le métier n’est plus là tel qu’il fut enseigné. La personne a absorbé le métier, alors que dans les débuts, c’est le métier qui tendait à absorber la personne en lui façonnant une identité professionnelle.
C’est dans ce renversement qu’opère la créativité car elle nécessite une indépendance par rapport à ce qui était présenté comme une norme. Yves Clot (Travail et pouvoir d’agir, 2011) l’explique ainsi : « il lui faudra supporter d’avoir à inventer. » « Il n’est plus seulement du métier. Il a du métier. Il fait du métier. Il a pris en charge son développement ». « c’est à la fin de ce cycle que le métier est personnel. »



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