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Mobbing et harcèlement suite 2 : disparaître pour se rencontrer


Le harcèlement en groupe ou individuel se traduit par un double mouvement conjoint : exposition (en vue d’humilier la victime) et invisibilisation (en vue de l’anéantir).


Le cas d’Orange a mis en évidence certains de ces agissements qui continuent d’être documentés. Le profil des harceleurs est connu et fait l’objet de mes recherches depuis des années, notamment à travers l’analyse des actes de langage.


Le Pr en psychologie clinique de l’activité attaché au CNAM, Yves Clot, a établi le concept « d’activité empêchée » (Le travail à cœur, 2010). Il attribue le terme « qualité » à une catégorisation opaque qui vise plutôt la tâche. Les réorganisations forcées « déréalisent le travail réel » ; l’organisation ne dit pas en quoi consiste le travail pour en assurer la qualité ni ne procure les ressources pour l’atteindre, ce qui prive les travailleurs des moyens de travailler tout en les menaçant de faute professionnelle.


L’injonction de conformité à une réorganisation ouvre donc la porte au harcèlement, puisque le bouleversement va permettre d’établir de nouvelles « normes » dont la nature et le sens ne peuvent être discutés.


Pourtant, rappelle Clot, les travailleurs sont plus grands que l’organisation qui les comprime. Ils ont à cœur de verser dans leur activité – même empêchée – toute leur énergie personnelle. Leurs inhibitions recèlent un potentiel énergétique caché qui exige de se faire connaître et c’est pourquoi l’activité empêchée est bien une activité. L’activité se traduit par un effort de création dans les différentes sphères de l’existence et cette action nourrit l’activité en retour, de la même façon que l’initiative personnelle influence l’organisation. Ainsi l’activité produit la « recréation d’un monde ».


Pour le harceleur, la finalité du harcèlement est de protéger un état personnel qu’il sait fragile et malade. En réalité, le harcèlement le coupe de la branche où il se pense assis en sécurité, parfois jusqu’à faire tomber l’arbre, c’est-à-dire mettre en péril l’organisation dont il est frénétiquement dépendant.


Terminons avec Clot, pour qui les travailleurs sont unis par une conscience commune secrète et la joie d’une réalisation en commun, ce qui nourrit leurs sentiments professionnels. Il cite Zarifian, selon lequel les mouvements en retour (« contre-effectuation ») signent un « processus par lequel un évènement, d’abord subi, se trouve approprié, doté de sens et transmuté, en fonction de la puissance et des valeurs de vie que les individus déploient pour y faire face ».

 
 
 

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