Le management : autorité de fonction ou pouvoir ?
- patriciachirot
- 8 sept. 2025
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(Auteurs convoqués pour ce post : Robert Dahl, Max Weber, Alvyn Gouldner, Stanley Milgram, Claude Dubar, Renaud Sainsaulieu)
Les posts précédents sur le harcèlement de meute (mobbing) questionnent les rapports entre autorité et pouvoir.
L’autorité est de deux natures :
- elle peut relever d’une fonction hiérarchique et entraîne un lien de subordination ; dans ce cas, l’autorité n’est pas une capacité personnelle ;
- l’autorité personnelle, comme celle d’un enseignant vis-à-vis de ses élèves, appartient à l’individu et démontre sa capacité à se faire respecter et à obtenir d’autrui des actions conformes à sa volonté, même si autrui y résiste. Il s’agit plutôt d’un pouvoir qui s’exerce par influence.
Le pouvoir est donc la capacité de quelqu’un d’obtenir d’autrui qu’il agisse, ce qu’il n’aurait pas fait sans l’intervention du premier. Ainsi, une personne peut être légitimée dans son action et appréciée grâce à son charisme et à ses qualités personnelles et professionnelles.
Si l’autorité encourage la soumission, le conformisme peut être surmonté lorsque les sujets en viennent à s’interroger sur la rationalité des décisions de leurs supérieurs et dénoncent, selon Weber, la « rationalité instrumentale » au nom d’une « rationalité des fins », c’est-à-dire qu’ils se posent cette question : s’agit-il d’une manipulation présentée comme un objectif enviable à atteindre mais qui vise des buts dissimulés ?
Sainsaulieu a évoqué la posture de retrait volontaire de ceux qui ne souscrivent pas à la soumission normative. Ce retrait n’est pas toujours vécu dans l’isolement. Aujourd’hui, les personnes en retrait – et qui peuvent être également « mises » en retrait par un autrui qui exerce son autorité de fonction – utilisent deux leviers :
- elles se conforment partiellement à l’autorité de fonction, notamment pour éviter des sanctions ou obtenir un titre ;
- elles nouent des liens dans des réseaux informels dans lesquels elles choisissent leur forme d’engagement dans une activité. Il s’agit d’un renversement des rôles : les « subordonnés » se fédèrent hors du réseau de subordination et étendent ainsi leur pouvoir, basé sur l’autorité personnelle. Ces réseaux informels, très évolutifs et protéiformes, jouent un rôle fondamental dans les transformations sociétales actuelles.
Cette stratégie de contournement par la coque vide déplace la « sève » vitale vers une structure différente, ce qui a pour effet de dévitaliser l’autorité de fonction dont le périmètre d’action est limité. L’adhésion des subordonnés n’est alors qu’une adhésion de surface qui transforme l’autorité en autorité de surface. Ce mouvement ramène à l’étymologie du mot de « révolution » au sens scientifique (Dictionnaire de L’Académie Française) : déplacement d’une chose autour d’un point central ou d’un axe, qui suit une courbe fermée. Il s’agit du retour à son axe, c’est-à-dire à l’identité pour soi de la personne, qui ne dépend pas de l’identité pour autrui à l’œuvre dans les rapports avec l’autorité de fonction.



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