La recherche en sciences humaines : faire entendre les voix des invisibles

En sciences humaines, il est d’usage d’interroger des personnes pour recueillir des récits de vie, de courtes phrases, quelques mots parfois, en complément d’informations quantitatives.
Que peuvent donc traduire ces paroles impromptues, émises dans un langage ordinaire, ponctuées de silences ou d’onomatopées ? Quel est l’intérêt de récolter ce matériau brut ?
Justement, il s’agit d’un matériau brut qui exprime un ressenti, une pensée qui jaillit spontanément et livre un suc frais et non travaillé. Il s’agit de réduire autant que possible un façonnage savant qui fausserait le discours et revêtirait l’information d'un vernis acceptable et normé.
En sciences humaines et notamment en sciences de l’éducation, la recherche se fonde plus souvent sur l’information provenant de petites cohortes, propices à livrer l’intime de soi au sein d’un collectif et à montrer ce qui se joue entre eux. Cette recherche éclaire ces moments de transformation ténus qui peuvent se révéler décisifs au cours d’une vie.
Il suffit d’une parole au sein d’un tissu de mots pour dévoiler un point de basculement, une émotion jusqu’alors retenue, le soupir d’un être qui cherche un équilibre et prépare son élan pour franchir le pas suivant.
Le temps consacré à ces moments liminaires est donc essentiel pour capter la subtilité du vivant qui se transforme, se replie, s’arrête, se déploie, infléchit sa trajectoire dans un dynamisme sans cesse renouvelé et qui interroge autant le sens d’une existence que les mutations d’une société.
A l’heure où le Sénat refuse de publier un rapport sur la souffrance psychique au travail conduit par la sénatrice Annick Girardin, la recherche en sciences humaines poursuit patiemment son travail de diffusion de ses recherches, mené avec des moyens de plus en plus réduits, redonnant voix aux invisibles et aux anonymes qui constituent le socle de toute société.



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