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La matière noble de l’enseignement


En tant que participante à un chantier de construction expérimental d’un château fort médiéval, je suis revenue emplie d’une expérience singulière qui a ensuite enrichi mes enseignements.


Vêtue de l’habit porté à l’époque, j’ai compris combien le vêtement dicte nos comportements : ample et confortable, il permettait une grande liberté de mouvements. J’ai moulé des tuiles à l’aide de l’argile extrait sur le site, taillé et empilé les pierres de remblai des tours, débité à la hache des tuiles de bois en tranches fines à partir d’un billot, fabriqué du pain avec la farine moulue au moulin, écrasé pierres et terre pour obtenir des pigments nécessaires à la peinture, confectionné de la chaux vive, tressé des cordes de chanvre, soulevé de lourdes charges en marchant dans la cage à écureuil … Avec, avant chaque chantier, 15 courtes minutes d’explications ! Je me suis trompée encore et encore, et j’ai appris encore et encore.


J’ai compris que l’efficacité du geste venait de l’observation minutieuse de la matière d’œuvre, que la nature dictait l’opération, que le corps tout entier était l’instrument. J’ai compris que l’édifice prenait sens grâce aux matériaux extraits sur place et ingénieusement utilisés, parce que le plan en tenait compte. J’ai compris que chacun travaillait avec une intense concentration mais que tous étaient orientés sur l’œuvre en totale coopération. Le corps acquérait son propre rythme, les sons de chaque chantier se répondaient, les repas dans la salle commune prolongeaient le partage.


Et surtout, j’ai compris que le plan devait être noble, permettant à la matière d’exprimer sa noblesse ; que le corps était le véritable outil, et qu’il en va de même dans l’enseignement, où l’apprenant constitue la matière précieuse à travailler grâce à l’enseignant qui devient outil au service de l’œuvre. Une œuvre de sens.


Une vision à préserver plus que jamais de nos jours.

 
 
 

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