Enseignement et archéologie : des liens surprenants
- patriciachirot
- 27 oct. 2025
- 2 min de lecture

Quelques jours passés à travailler auprès d’archéologues ont curieusement mis en relief quelques principes communs avec le monde de l’enseignement.
Un archéologue est une personne de terrain qui concilie l’observation la plus fine et le geste précis avec une réflexion tournée vers la préservation d’objets fragiles. Dans sa salle de classe, l’enseignant ne peut laisser son esprit vagabonder car il a la charge d’enfants et de jeunes qui requièrent toute son attention.
L’archéologue est paradoxalement tourné vers l’avenir : ce qu’il révèle doit être préservé, montré à la lumière. Pareillement, l’enseignant prête attention à son enseignement en veillant à ce qu’il ne soit pas dénaturé et il réfléchit aux moyens de le rendre compréhensible pour tous les élèves. L’œuvre transmise, qui repose sur les « anciens », doit respecter forme et fond pour devenir chez les apprenants le fil conducteur d’une conduite raisonnée et raisonnable.
L’archéologie est tout d’abord préventive : il s’agit d’investiguer le terrain avant de creuser. De la même manière, l’enseignant doit avoir une connaissance du profil de ses élèves afin de leur proposer l’enseignement le plus adapté.
Les archéologues recourent, à travers leurs spécialisations, à une terminologie précise qui vise à préciser une époque, une technique, un groupement humain. Nous savons hélas que le lexique s’appauvrit depuis plusieurs dizaines d’années, tant chez les élèves que chez les enseignants. Quels citoyens obtenons-nous s’ils ne peuvent nommer une émotion, dérouler logiquement un fil de pensée, étayer une opinion ? Si l’exemple ne peut être donné ? C’est à ce prix que l’autonomie de l’être se forge, grâce à la formation à l’esprit critique. A travers ce travail mené avec les archéologues, j’ai de nouveau constaté cette justesse du mot qui définit un concept aussi bien qu’un fait.
Les professionnels que j’ai rencontrés laissent une porte ouverte à la remise en question des théories, au fur et à mesure de leurs fouilles sur les terrains les plus variés. En effet, un dogme, fut-il énoncé sous couvert d’un vernis de belles valeurs, doit être étayé et frappé au coin de la preuve et du bon sens, sous peine de voir s’effondrer une excavation/une recherche et de détruire les objets/notions fragiles qui s’y trouvent. A une époque où se succèdent ministres de l’éducation qui élaborent des réformes qui ne devraient pas être questionnées en vertu de leur caractère institutionnel, cette expérience avec des gens de terrain, dont cette métaphore présente bien sûr des limites, m’a une fois de plus démontré que le terrain est tout.
Enfin, ces archéologues m’ont aussi montré combien l’émerveillement et la passion sont intenses, d’autant plus que ces sentiments naissent d’un travail difficile mené si souvent dans la boue et la poussière … Sous les pavés de l’effort et les pierres de la persévérance, l’émerveillement nous attend parfois et redonne sens et beauté au labeur.



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