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Devenir capable, être reconnu


C’est le titre d’un article rédigé par le philosophe Paul Ricoeur (juillet 2005). Il décrit le « pouvoir agir » comme « la capacité de produire des évènements », de les transformer en introduisant « la contingence humaine, l’incertitude et l’imprévisibilité dans le cours des choses ».


Aussi quelle reconnaissance accorder à une telle capacité de transformation dans une société qui institue le contrôle comme une valeur ? Quelle valeur attribuer à l’humain dont la nature est d’initier, d’inventer, de donner une nouvelle forme ? Quelle confiance accorder à celui qui dérange le plan, l’algorithme, à celui par qui le malheur arrive, c’est-à-dire, à celui qui déclenche l’imprévu brisant la sécurité du système ?


La nature humaine produit des découvreurs ou des inventeurs et c’est ce qui a permis à une espèce née immature et si lente à atteindre l’âge adulte, de modifier jusqu’à la planète qui l’héberge (je n’évoquerai pas ici sa capacité à la destruction). Le travail est une activité de transformation, même accompli dans un but de préservation. Si les normes sont nécessaires, l’aseptisation des sociétés et de leur environnement sonne le glas du vivant. Le généticien Albert Jacquard (1999) déclarait que le travail perdurerait à condition que ce soit « au sens de vivre ensemble et de donner à chacun ce qu’il lui faut pour avoir une vie décente ».


La vie décente ou le sens de la vie bonne au sens aristotélicien, est empreinte de valeurs, parmi lesquelles l’autonomie et le respect de l’autre, le service à autrui, le sens du travail. Ces valeurs commencent avec l’éducation parentale et se poursuivent avec l’instruction, pour se prolonger, idéalement, dans tous les actes de la vie quotidienne d’un citoyen. Ces propos enfoncer peut-être des portes ouvertes mais ils replacent, pour utiliser une image, l’église au centre du village.

Le monde de l’éducation donne forme au monde du travail. L’intérêt dit « public » passe par la prise en compte des besoins spécifiques de l’individu et cela ne peut se faire à coup de statistiques et de recettes décontextualisées.


La salle de classe est un lieu de transformation et ce lieu, quoi qu’on en dise, se doit a minima de demeurer physique. Pour Albert Jacquard, « L’école est le lieu où l’on apprend à devenir soi-même, différent des autres, mais toujours en appétit d’échange avec l’Autre », qu’il écrivait avec une majuscule.


Devenir capable, être reconnu … Oui, mis en lien avec ce proverbe : « Si tu diffères de moi, frère, loin de me léser, tu m’enrichis ».

 
 
 

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