Quand la recherche rencontre les professionnels et les enseignants

Pourquoi et comment faire rencontrer ceux qui cherchent (et trouvent souvent ce qu’ils ne recherchent pas !) et ceux qui tentent de concilier ce qui est prescrit avec la réalité de ce qui leur est donné et ce qu’ils en font - ou n’en font pas ?
Lorsque je me rends à un évènement regroupant des chercheurs qui présentent leurs travaux, je ne vois en réalité que des personnes de terrain, car chacun œuvre dans son champ de spécialité et rencontre l’autre qui œuvre dans un autre champ.
Le chercheur en sciences humaines veut connaître ce que fait l’autre, comment il pense son métier, comment il se représente dans son activité, ce qu’il ressent, les défis qu’il rencontre. Le professionnel rencontre une personne dont il connaît peu l’exigence de son travail, qui suit un protocole, qui analyse selon une méthodologie rigoureuse, qui délivre des résultats et soulève d’autres questions. L’enseignant peut livrer ce qu’il n’a pas l’occasion d’exprimer, pris entre l’exigence des référentiels, sa gestion de classe et les multiples tâches administratives qui rétrécissent un emploi du temps chargé et toujours plus concentré. Le temps de l’entretien offre une occasion de penser le métier en se décentrant.
Finalement, le rôle du chercheur n’est pas uniquement de chercher, de révéler, de démontrer, de montrer jusqu’à ce qui n’était pas montré. Il ouvre le dialogue, il met en lien, il invite à réfléchir sur des aspects peu explorés, il dérange parfois, mais sa recherche vise à mettre en mouvement au-delà de ce qui était tenu pour acquis et figé.
Et il remplit ce rôle grâce à tous ceux, professionnels, enseignants, qui acceptent anonymement de répondre à ses questions. J’ai souvent entendu ceux que j’ai interrogés déclarer, à l’issue de l’entretien, qu’il leur avait donné l’opportunité de se voir différemment, de se poser d’autres questions.
Pour ma part, en fin d’entretien, le seul mot qui me vient pour décrire ce que je ressens est : gratitude.



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